Pascal BEAURY

Fabien BRUSSON

Le Sherpa Blanc

Coureur, alpiniste, himalayiste, maire, père de famille, guitariste, technicien ONF, coordinateur de course au Népal... Pascal Beaury pourrait avoir plusieurs vies ! Il n'en a qu'une. C'est sans nul doute pour cela qu'il a fait le choix de ne pas prendre conscience de son âge : 62 ans. Une décision judicieuse lorsque l'on a 49 années de course à pied dans les jambes. Et pourtant, le Lozérien reste un Maître de la course hypoxique. A ce titre, les gens du Pays du Toit du Monde l'appellent respectueusement : Sherpa Blanc. Il est aussi le Français le plus Népalais dans l'art de courir en altitude.

Depuis 2000, du Népal au Tibet, du Ladakh au Dolpo, des Annapurnas à Sagarmatha, Pascal Beaury Sherpa a parcouru 7500 kilomètres, gravi 240.000 mètres et dévalé 243.000 mètres dans l'Himalaya. Neuf Annapurna Mandala Trail, cinq Everest Sky Race, trois Himal Race, trois sommets à plus de 6.000 mètres, un Ladakh'n'Trail et six treks... Pascal a couru, grimpé et marché sur les Chemins du Ciel avec des objectifs différents. Au-delà de la compétition et des expéditions, il y a aussi la découverte des sentiers himalayens et le partage des ambiances népalaises avec ses amis et ses proches. S'il avait déjà voyagé avec sa compagne au Langtang, dans l'Helambu et le Solo Khumbu, c'est avec toute sa famille qu'il est venu au Népal en décembre 2010. « Brigitte connaissait le pays, mais pas mes enfants, explique Pascal. Alors, j'ai voulu montrer à François, Benoîte, Antonin et Guillemette, cet endroit si important pour moi. Au travers de leurs regards candides et émerveillés, j'ai également pu redécouvrir ce pays que j'aime tant... » Une vision, forcément, différente. Reste que cette différence, Pascal l'avait déjà perçu dans le cadre de ses précédents voyages. La vie sociale népalaise ne lui est pas étrangère et elle a une influence sur la conception de son rôle de maire à Saint-Julien-du-Tournel, en Lozère.

L'aisance de Pascal face en milieu hypoxique, un adversaire aussi invisible que terrifiant, donne tout son sens à la célèbre phrase du Professeur Jean-Paul Richalet : « Nous ne sommes pas égaux devant l'altitude. » Cette faculté de pouvoir courir à plus de 5.000 mètres, alors que la plupart des mortels peinent à le faire à 3.000 mètres, n'a pas échappé aux Népalais. L'un des plus respectés d'entre eux, le guide et alpiniste Padam Galey, directeur de course des trois premières Mandala et de Himal Race 2002, lui donna ainsi le titre de « Sherpa Blanc ». Un signe d'appartenance qui n'émanait pas de n'importe qui. « C'est symbolique, poursuit Pascal. Dans la mémoire des gens, un Sherpa est une personne de la haute montagne qui vit dans des endroits ultimes. C'est un état d'esprit qui souligne certaines capacités à évoluer en haute altitude. C'est une forme de respect qui me touche. C'est aussi une reconnaissance des gens du pays, cela représente donc quelque chose, même si c'est flatteur. »

Pour le Sherpa Blanc et ou encore le Magicien de Loz, autre patronyme de Pascal lorsqu'il court le ciel : « L'important, ce n'est pas le but à atteindre, mais le chemin pour y parvenir... » Une pensée qui ne quitte jamais son esprit lorsqu'il court. Une pensée à double-tranchant qui le pousse toujours à aller plus loin... « Car lorsque la course s'arrête, le chemin s'arrête et c'est d'autant plus triste, confie-t-il. La course à pied est plus qu'une activité physique, c'est un état d'esprit. C'est aussi ce qui différencie le monde de l'enfance du monde de l'adulte. Courir pour un enfant, c'est naturel... Pour un adulte, ce n'est pas sérieux... Car courir, c'est toujours la même chose. J'ai toujours pensé que cela ne servait à rien... Maintenant, je pense aussi qu'il est important de faire des choses qui ne servent à rien. Comme courir « en avant », vers un rêve... Je suis alors dans une sensation de plaisir et d'idéal, d'imaginaire et non pas de rationalité et de performance. »

Courir n'est pas le seul acte qui motive Pascal lorsqu'il est dans l'Himalaya. Depuis 2003, chaque Everest Sky Race est ponctué par une option sommet : Mera Peak (6.450 m), le Pacchermo (6.272 m) et l'Imja Tse (6.189 m), trois pics qu'il a déjà gravi, et le Lobuche Est (6.119 m). Cette idée de poursuivre la course jusqu'au sommet plait énormément au Lozérien. « Enchaîner sur une ascension légère et rapide est un bonus, explique-t-il. Tu restes en harmonie avec le monde qui t'entoure... L'alpinisme est un sport technique, même si physiquement, c'est un engagement. Courir et gravir ont un point commun, c'est de rester contemplatif dans l'effort. Même si la dimension est différente, les deux pratiques ouvrent autant l'esprit. Lorsque l'on a la chance de les conjuguer, c'est être vrai dans sa réalisation. »

Bruno Poirier.



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